ROD BELLEK !

 Au début de l’épidémie, le SIDA a essentiellement touchée la communauté homosexuelle ce qui a donné lieu à des associations directes entre la maladie et la sexualité de cette communauté. Association particulièrement tenace qui dicte encore aujourd’hui un certain nombre de réactions homophobes, à tel point que pour certains obscurantistes, la présence de la maladie suffit à attester de l’homosexualité du malade, et inversement, une homosexualité sera le signe d’une séropositivité.

D’autres conscients des chiffres avancés par les différents observatoires ou se voulant moins grossièrement falsificateurs détourneront le propos en qualifiant les malades en deux groupes : la majorité coupable (les homosexuels) et une minorité innocente (transfusés, hémophiles).
Coincés d’un côté par ces portes-paroles homophobes et porteurs d’une morale érigée en dogme et de l’autre côté par le poids des préjugés d’une société tunisienne, devant laquelle la révélation de sa maladie sera interprétée comme la révélation de son homosexualité et motif à banissement, la communauté homosexuelle doit se terrer et se taire. Et se taire d’autant plus qu’elle risque la prison selon les lois tunisiennes.

 

« Un millier de personnes sont infectées par le VIH en Tunisie, selon les décomptes officiels qui sous-estiment le nombre de cas en raison du secret qui frappe la maladie dans un pays de tradition musulmane et de la réticence à se faire dépister. La Tunisie a introduit l’an dernier les trithérapies mais, selon le Dr Mounira Garbouj, directrice des soins de santé de base, « les coûts de ces soins à la charge de l’Etat, pour les moins nantis, restent trop élevés pour notre pays ». (source Quotidien du médecin, 27/09/01).

 

« Quant à la lutte contre l’infection à VIH/SIDA, la Tunisie a mis en place très tôt un programme national de lutte contre le SIDA qui fort d’un partenariat actif et motivé, a réussi à maîtriser l’infection à une incidence ne dépassant pas 70 cas nouveaux par an. (Source : Bulletin Santé Informations – MSP – N°40 -Juin 2001)

 

A partir de ces deux extraits d’articles, on comprendra aisément que les chiffres « officiels » sont loin de la réalité. Qui osera annoncer sa maladie lorsque l’on connaît les préjugés de la société entretenus par les tenants du conservatisme religieux ? Comment peut-on imaginer que ces chiffres soient exacts lorsque l’on sait que les tunisiens, hommes et femmes, ne vivent pas couper du monde mais au contraire sont au contact de nombreux étrangers, lorsque l’on est informé des comportements sur le tourisme sexuel en Tunisie et plus basiquement, lorsque l’on sait comment les autorités ont l’habitude de prendre leurs aises avec les statistiques qui leur sont remises. Mais soit, admettons les chiffres officiels et regardons les dans le détail tel qu’il figure sur http://www.jssr.promed.com.tn/fr/infos.htm

 

Apercu Epidémiologique du VIH/SIDA en Tunisie

 

Incidence annuelle de l’infection à VIH / SIDA : 70 cas /an
Total des cas SIDA (1985 -2000) : 926 cas dont 117 femmes et 55 enfants
Nombre de cas de transmission Mère-enfant/an : moins de 5 cas.
Modes de transmission :
Hétérosexuel : 32%
Sang et dérivés : 16,5%
Homosexuel 5%
Périnatalité :5,5%
UDI (usage de drogues injectables à l’étranger) : 32%
Inconnu : 5%

 

On remarquera plusieurs choses intéressantes. Le mode de transmission est essentiellement hétérosexuel quand il est lié à la sexualité et peut également être lié à « l’usage de drogues injectables à l’étranger. Si le sujet n’était pas si grave ce second point prêterait à sourire. Je suppose que l’auteur de ces statistiques a voulu démontrer qu’il n’existe pas de drogues dures en Tunisie.
Vu du côté de la communauté homosexuelle peu de témoignages existent ). On peut trouver certaines informations sur le site kelma.org, site de la communauté homosexuelle maghrébine (Voir ci-après). Ces informations sont intéressantes dans le sens où l’on retrouvera bon nombre de similitudes avec la situation tunisienne : sous-estimation de la maladie, préjugés, répression (sélective)de l’homosexualité, …

 

Si l’absence d’informations fiables concernant le sida en Tunisie est dommageable pour la prévention et les soins, l’information diffusée par les relais officiels est, elle, qualifiable par l’inconscience des propos tenus. Je ne saurais revenir sur le ridicule de la sémantique officielle (car en matière de santé comme en toutes choses en Tunisie, il ne saurait y avoir que des politiques « d’avant-garde ») mais uniquement sur la manière dont est évoqué le SIDA, et ce, à travers l’énumération de mesures de protection de l’enfance ( !) :
L’adoption de nouveaux programmes préventifs dont le programme national de santé mentale et le programme national de lutte contre le sida même si ce fléau ne revêt aucun caractère inquiétant en Tunisie (http://www.tunisieinfo.com/documents/handicapes/ch1-1.html).
Le monde entier s’inquiète de la progression de la maladie et en particulier en Afrique mais celle-ci « ne revêt aucun caractère inquiétant en Tunisie » ! L’auteur de ces phrases criminogènes devrait s’interroger sur le pourquoi de la tenue à Tunis, le 12 septembre dernier, d’un atelier sur le sida qui a réuni des experts de 30 pays.
Le SIDA est un fléau contre lequel chacun doit lutter. Sans être spécialiste de cette maladie, il suffit de peu d’efforts pour s’informer et constater que les tabous et préjugés véhiculés, loin de contenir la maladie, ne font que lui permettre de se répandre.
Mais ce sujet est suffisament grave pour ne pas l’amalgamer avec la communauté homosexuelle qui a suffisament à faire avec la repression selective des autorités, les fatwas des abats-jours, et nos propres préjugés.
Advertisements

One response

23 12 2008
Faithinlove

Le Sida a essentiellement touché la communauté homosexuelle au début, mais ça signifie guère qu’on est source de cette maladie ou que cette maladie est à la base homosexuelle… Enfin jusqu’à maintenant on n’a pas pu déterminer la source du VIH… Il faut être juste et arrêter de condamner (par simple homophobie) la communauté homosexuelle surtt que les données montrent bien les différents modes de transmission qui ne sont pas exclusivement sexuels,
C un article trés interessant, merci à toi!

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s




%d bloggers like this: