Le Pêcheur Fou II

12 08 2008
 

 

Depuis je ne l’avais jamais croisé, je me contentais à le surveiller de loin et à noter sur un cahier ma folle attirance envers cet homme.

Ainsi, en entendant les pas de Ali dans le couloir ce soir-là, je me suis hâté à dissimuler mon cahier sous mon livre de philosophie, tout en ne pouvant pas arrêter le fil de mes pensées qui se dirigeait vers lui, le pêcheur fou.

– Alors Hakim, ça avance bien tes révisions ? me demanda Ali en ouvrant la porte de la chambre et en se jetant sur mon lit.

– Merveilleusement bien, répondis-je. D’ailleurs je suis en pleine réflexion sur l’attirance de l’homme envers l’énigmatique.

– Je vois que tu es encore perdu dans ta philosophie de fous. Il faudrait mieux que tu te penches sur tes cours de science. On ne passe pas son baccalauréat uniquement en révisant la philosophie.

– Oui, mais au moins elle m’ apprend l’utilité d’une porte, comme par exemple, toc, toc, je peux entrer ?

Ali ne répondit jamais à mes provocations. Il les trouvait hors contexte, ou comme il disait parfois, des allégations sans fondement, en étalant son jargon d’avocat, que toute la famille commençait à adopter. Ainsi Rime disait à ma mère qu’elle a besoin d’aide juridictionnelle, pour dire tout simplement qu’elle a besoin de l’aide de l’état, ma mère, pour acheter une nouvelle robe. Et bien sûr ma mère lui faisait comprendre qu’elle devait faire appel le mois prochain. Mon père, lui, il délivrait des assignations verbales à fin que nous comparaissions à l’audience annuelle qui avait pour but, nous annoncer la destination des vacances. C’était une famille de fous, je vous le dis !

Et ce que je ressentais pour le pêcheur fou, n’était rien d’autre qu’une folie. Je me disais constamment cela. Je me le répétais, lorsque j’allais l’épier au bord de la plage. Petit à petit, la barque et le pêcheur disparaissaient dans l’horizon, et en moi naquit un sentiment de vide, laissé par leur disparition. Je restais là. Les yeux amarraient sur le point de cette disparition, qui devenait l’ancrage d’une vive douleur. Rester là. Attendre. Ne pas savoir pourquoi. Ne pas vouloir le savoir. Surtout ne pas le vouloir. Attendre, et parfois étudier aussi en attendant. Lorsqu’il pleuvait, je me cachais sous les arbres, un parapluie noir à la main, le regard dans l’horizon qui ne se distinguait plus du ciel ni de la mer. Attendre et se cacher de temps en temps. Se cacher des regards des autres. Se cacher de ce que je ressentais comme une faute. C’était une faute que de rester là et d’attendre ce pêcheur. Ce pendant par-dessus tout je n’espérais ardemment que cela, le rencontrer. Je le sais aujourd’hui, j’avançais vers lui comme un assoiffé d’une délivrance. Comme un affamé de découverte, de plaisir, d’extase et de mort.

Voilà, ça commençait par cette attente incompréhensible. Par la peur qu’un jour il ne reviendrait pas de l’horizon. Qu’il n’aurait plus de pêcheur fou. Cet homme dont on racontait des histoires étranges sur son compte. Ils disaient, un jour il est revenu d’Italie complètement méconnaissable, les cheveux long, le regard grave et des mains qui tremblaient. Il y’en avait qui disaient, il s’est fait expulser pour une affaire de drogue et d’autres parlaient d’un meurtre et de plusieurs années en prison. Les plus raisonnables, soi-disant, racontaient une dispute qui a mal tournée.

Le fait est, il revint alcoolique et agressif. Un soir, il disputa sa femme, la frappa et mit ses enfants dehors. Plusieurs personnes essayèrent de le raisonner, il les menaça un couteau à la main, complètement nu.

La suite de cette histoire était complètement raisonnable selon ma mère. Elle disait que la famille de sa femme avait tous les droits de couper le contact avec lui; et bien sûr elle glissait, plusieurs fois, entre les mots : Que Dieu nous protège !

Mon père, il ne disait que cette phrase : Un homme pareil ne peut pas élever des enfants.

Ils disaient qu’il est devenu le pêcheur fou. Non, ils disaient qu’il est devenu fou avant d’être un pêcheur. Et que ça va de soi, la folie et la mer. La folie et la mer ça va de soi !

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2 responses

8 11 2008
yoyo

j aime bien ta façon de narrer ton histoire c’est simple mais ca t’encourage à lire tout le texte, tas réussi à connaitre la source de ton trouble face à ce pêcheur fou est-ce sa folie ,ou bien quelque chose d’inexplicable provenant de lui ? j espère que tu vas finir tte l histoire j ai hâte 🙂

20 11 2008
Chiron

Merci Yoyo,

Justement, la source de ce trouble face à quelqu’un ! Est-ce lui ou est-ce ce qu’il dégage, ou est-ce encore ce qu’il réveille on nous, ou est-ce le tout ?

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