Le pêcheur fou

6 08 2008

Voici le premier chapitre  d’une nouvelle envoyée par un lecteur . Un gros merci à Chirou pour sa contribution et on attends impatiemment la suite !!!

 

Le pêcheur fou,
Comme ils disaient !

Premier chapitre

Hakim

« Première journée d’automne, 1993

Encore aujourd’hui, j’ai aperçu de loin le pêcheur fou. Je n’ai pas osé m’approcher de lui, ni de la plage ni de sa barque que j’avais déjà fouillée secrètement en cherchant les traces de sa folie.
De loin, il ressemblait à une statue noire mélancolique abandonnée sur une étendue de sable blanc. Il fumait une cigarette, à quelques mètres de la barque incolore tout comme le ciel de ce septembre.
J’ignore ce qu’il m’attire envers cet homme, et à vrai dire cette ignorance m’apaise en quelque sorte, et… »

Oui, c’est en 1993 que cela est arrivé. J’étais exactement à l’automne de mes dix sept ans et demi. Plus jeune que je le suis aujourd’hui. Beaucoup plus jeune. En ce temps-là, nous habitions encore dans cette maison au bord de la mer à Hammam-Chatt, non loin de l’ancien quartier général de Yasser Arafat, qui avait été bombardé en quatre-vingt cinq.

Notre maison était grande. Trop grande, selon ma mère qui passait la majorité de son temps à mettre de l’ordre partout, même là où l’ordre régnait. Juste assez, selon mon père qui avait constamment besoin d’espace. Un taudis selon ma sœur qui rêvait d’une villa hollywoodienne, et pour mon grand frère et moi …, eh ben, on s’en foutait tant que personne ne violât le territoire sacré d’autrui, ce qui voulait dire en plus clair : sa chambre au deuxième étage.

Inutile de vous mentionner que cette loi stricte ne s’appliquait jamais à la mienne. Non, ma chambre à moi était la salle d’attente de la maison. Mon père y passait juste après son travail, fuma une cigarette, posa une question ou deux sur mes études et lit en suite son journal en silence. Ma mère, elle le rejoignit avec le café, un quart d’heure plus tard, soit elle nous confia les fraîches nouvelles du voisinage, soit elle se disputa avec lui, selon l’humeur de la saison. Et si dispute est, alors elle revint me voir le soir pour psychanalyser les comportements fâcheux de mon père, mais jamais les siens.
Ma sœur Samira, quant à elle, elle possédait l’étrange conviction que ses affaires se trouvaient incontestablement avec les miennes, alors elle passait la majorité de son temps à fouiller ma chambre. Et pour mon grand frère Ali, eh bien c’était simple, il était certain que ma chambre comme le reste de la maison lui revenait de droit. Toujours est-il que je n’étais seul que rarement. D’où mes escapades prolongées dans la forêt ou bien sur la plage. Et ce fut pendant l’une de ces escapades que je rencontrai le pêcheur fou pour la première fois. Paniqué de le sentir si proche de moi, je figeai sur place. À vous dire la vérité, j’étais plus que paniqué, j’étais tétanisé. Devant son regard perçant, je laissai échapper un bonjour incertain, auquel il ne répondit pas. Il me laissa dans cette forêt, quelque part entre le désir, la honte et la culpabilité.

Advertisements

Actions

Information

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s




%d bloggers like this: