Homophobie et SIDA

14 05 2007

Au début de l’épidémie, le SIDA a essentiellement touchée la communauté homosexuelle ce qui a donné lieu à des associations directes entre la maladie et la sexualité de cette communauté. Association particulièrement tenace qui dicte encore aujourd’hui un certain nombre de réactions homophobes, à tel point que pour certains obscurantistes, la présence de la maladie suffit à attester de l’homosexualité du malade, et inversement, une homosexualité sera le signe d’une séropositivité.

D’autres conscients des chiffres avancés par les différents observatoires ou se voulant moins grossièrement falsificateurs détourneront le propos en qualifiant les malades en deux groupes : la majorité coupable (les homosexuels) et une minorité innocente (transfusés, hémophiles).
Coincés d’un côté par ces portes-paroles homophobes et porteurs d’une morale érigée en dogme et de l’autre côté par le poids des préjugés d’une société tunisienne, devant laquelle la révélation de sa maladie sera interprétée comme la révélation de son homosexualité et motif à banissement, la communauté homosexuelle doit se terrer et se taire. Et se taire d’autant plus qu’elle risque la prison selon les lois tunisiennes.

« Un millier de personnes sont infectées par le VIH en Tunisie, selon les décomptes officiels qui sous-estiment le nombre de cas en raison du secret qui frappe la maladie dans un pays de tradition musulmane et de la réticence à se faire dépister. La Tunisie a introduit l’an dernier les trithérapies mais, selon le Dr Mounira Garbouj, directrice des soins de santé de base, « les coûts de ces soins à la charge de l’Etat, pour les moins nantis, restent trop élevés pour notre pays ». (source Quotidien du médecin, 27/09/01).

« Quant à la lutte contre l’infection à VIH/SIDA, la Tunisie a mis en place très tôt un programme national de lutte contre le SIDA qui fort d’un partenariat actif et motivé, a réussi à maîtriser l’infection à une incidence ne dépassant pas 70 cas nouveaux par an. (Source : Bulletin Santé Informations – MSP – N°40 -Juin 2001)

A partir de ces deux extraits d’articles, on comprendra aisément que les chiffres « officiels » sont loin de la réalité. Qui osera annoncer sa maladie lorsque l’on connaît les préjugés de la société entretenus par les tenants du conservatisme religieux ? Comment peut-on imaginer que ces chiffres soient exacts lorsque l’on sait que les tunisiens, hommes et femmes, ne vivent pas couper du monde mais au contraire sont au contact de nombreux étrangers, lorsque l’on est informé des comportements sur le tourisme sexuel en Tunisie et plus basiquement, lorsque l’on sait comment les autorités ont l’habitude de prendre leurs aises avec les statistiques qui leur sont remises. Mais soit, admettons les chiffres officiels et regardons les dans le détail tel qu’il figure sur http://www.jssr.promed.com.tn/fr/infos.htm

Apercu Epidémiologique du VIH/SIDA en Tunisie

Incidence annuelle de l’infection à VIH / SIDA : 70 cas /an
Total des cas SIDA (1985 -2000) : 926 cas dont 117 femmes et 55 enfants
Nombre de cas de transmission Mère-enfant/an : moins de 5 cas.
Modes de transmission :
Hétérosexuel : 32%
Sang et dérivés : 16,5%
Homosexuel 5%
Périnatalité :5,5%
UDI (usage de drogues injectables à l’étranger) : 32%
Inconnu : 5%

On remarquera plusieurs choses intéressantes. Le mode de transmission est essentiellement hétérosexuel quand il est lié à la sexualité et peut également être lié à « l’usage de drogues injectables à l’étranger. Si le sujet n’était pas si grave ce second point prêterait à sourire. Je suppose que l’auteur de ces statistiques a voulu démontrer qu’il n’existe pas de drogues dures en Tunisie.
Vu du côté de la communauté homosexuelle peu de témoignages existent ). On peut trouver certaines informations sur le site kelma.org, site de la communauté homosexuelle maghrébine (Voir ci-après). Ces informations sont intéressantes dans le sens où l’on retrouvera bon nombre de similitudes avec la situation tunisienne : sous-estimation de la maladie, préjugés, répression (sélective)de l’homosexualité, …

Si l’absence d’informations fiables concernant le sida en Tunisie est dommageable pour la prévention et les soins, l’information diffusée par les relais officiels est, elle, qualifiable par l’inconscience des propos tenus. Je ne saurais revenir sur le ridicule de la sémantique officielle (car en matière de santé comme en toutes choses en Tunisie, il ne saurait y avoir que des politiques « d’avant-garde ») mais uniquement sur la manière dont est évoqué le SIDA, et ce, à travers l’énumération de mesures de protection de l’enfance ( !) :
L’adoption de nouveaux programmes préventifs dont le programme national de santé mentale et le programme national de lutte contre le sida même si ce fléau ne revêt aucun caractère inquiétant en Tunisie (http://www.tunisieinfo.com/documents/handicapes/ch1-1.html).
Le monde entier s’inquiète de la progression de la maladie et en particulier en Afrique mais celle-ci « ne revêt aucun caractère inquiétant en Tunisie » ! L’auteur de ces phrases criminogènes devrait s’interroger sur le pourquoi de la tenue à Tunis, le 12 septembre dernier, d’un atelier sur le sida qui a réuni des experts de 30 pays.
Le SIDA est un fléau contre lequel chacun doit lutter. Sans être spécialiste de cette maladie, il suffit de peu d’efforts pour s’informer et constater que les tabous et préjugés véhiculés, loin de contenir la maladie, ne font que lui permettre de se répandre.
Mais ce sujet est suffisament grave pour ne pas l’amalgamer avec la communauté homosexuelle qui a suffisament à faire avec la repression selective des autorités, les fatwas des abats-jours, et nos propres préjugés.
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One response

18 05 2007
Mia

Mon comment sur ce post: on le dira jamais assez, faites ce que vous voulez mais protégez vous… Et je suis daccord que lier le SIDA à l’homosexualité est une connerie trop répandue dans les esprits.

Mon comment sur ce blog: C’est dommage de voir que des bloggeurs que je lis et dont je respecte l’esprit d’analyse et de logique deviennent complètement irrationnels en se basant sur un tas de préjugés et de conneries et de refus viscéral pour défendre leur homophobie. Dailleurs je trouve que le mot est bien choisi, ca exprime d’abord une peur de la diffférence, et de ce que ça pourrait entrainer comme changement dans nos sociétés que l’homosexualité soit affichée.
C’est vrai qu’au départ l’idée de créer un blog de gays (comme idée communautariste) m’avait gênée, mais finalement c’est vrai que c’est la réaction logique à une intolérance répandue, au moins pour se soutenir dans les conditions difficiles que sont celles des homosexuels.
Bref, j’attends de voir un peu plus la qualité du blog en tant que tel pour dire “bravo”, mais ça s’annonce pas mal 🙂

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