Le PDP est Homophobe

1 06 2009

Selon cet article , l’homosexualité est un fléau … bravo pour un parti politique qui se veut progressiste . Moi qui croyais que les partis d’oposition dans leur combat pour les libertés étaient le premiers pas pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie .

http://tajdid.pdpinfo.org/spip.php?article5794





Tetu : Les homos syriens sortent timidement de l’ombre

1 06 2009

À l’Onu, la Syrie est le porte-parole des pays homophobes. Mais dans les rues de Damas, les gays sont bien là et commencent à revendiquer le droit d’exister.

En Syrie, les homosexuels commencent à sortir de l’ombre avec l’appel, lancé sur Internet par une poignée d’entre eux, à la tolérance dans une société relativement conservatrice qui les considère comme des malades ou des pervers.

«Ils sont de plus en plus visibles dans certains points de rencontres à Damas», une rue commerciale d’un quartier chic, un jardin public près d’un grand hôtel, des pubs dans le centre historique où ils se rencontrent une fois par semaine, affirme à l’AFP un journaliste syrien. Ils sont issus de la petite bourgeoisie urbaine qui «constitue le moteur de l’émancipation des homos», affirme-t-il. Et c’est sur Internet qu’ils «se dévoilent le plus sincèrement», estime ce jeune journaliste qui veut garder l’anonymat.

«Je suis ton semblable»
L’Internet est un moyen de «contourner toutes les restrictions sociales», qui permet de se défouler dans l’anonymat ou de former son propre réseau de connaissances, explique-t-il.

Sur le web, quelque 200 homosexuels syriens ont constitué un groupe «Je suis ton semblable» et ont publié un manifeste à la tolérance . «Je suis homosexuel, j’ai le droit d’exprimer mon opinion. Je fais partie de cette société qui me doit son respect. Je suis homosexuel, mais je ne viens pas d’une autre planète», affirme cet appel sans précédent. Le texte appelle à l’abrogation d’une clause du code pénal qui «sanctionne les individus pour leurs orientations sexuelles qu’ils n’ont pas choisies».

«Relations outrageantes»
En Syrie, comme dans la plupart des pays arabes, l’homosexualité est considérée comme «un délit». Celle-ci n’est pas explicitement mentionnée par la loi qui prévoit une peine allant de six mois à un an de prison pour des «relations outrageantes», explique Ammar Qorabi, président d’une organisation des droits de l’Homme.

L’écrivain Nabil Fayyad, qui se présente comme un défenseur des droits des minorités, dénonce lui «l’amalgame» entre homosexualité et prostitution. Selon lui, «il y a plus d’homosexuels et de lesbiennes que l’on ne croit. 20% sont des homos ou des bisexuels», mais la majorité des Syriens refusent de le reconnaître. Il évoque des jardins publics et des restaurants à Damas. Des hammams, où les gens venaient jadis pour discuter, «sont devenus un traditionnel lieu de rencontre» pour les gays, assure-t-il. Il se rappelle d’un Américain, Edward G., originaire de San José (Californie, ouest) qui se rendait régulièrement en Syrie pour du «tourisme sexuel». Il était muni d’un guide gay et se disait «étonné par l’extension de ce phénomène».

«Sauver les apparences»
Souheil, la trentaine, ne donne pas son véritable prénom. Il dit mener une double vie pour «sauver les apparences». Il «souhaite que les mentalités changent» et que les droits de tous soient «respectés indépendamment de leur identité sexuelle». Bassam, chauffeur, affirme au contraire «être dégoûté». Il voit dans l’homosexualité «une maladie». «Les homosexuels doivent se faire soigner», ajoute-t-il.

En décembre 2008, un appel à la dépénalisation de l’homosexualité déposé à l’Assemblée générale de l’ONU, a été signé par 66 pays. Soixante autres pays ont signé une déclaration opposée, et soutenue par les pays arabes.





SHE HAS FAITH IN LOVE , SO DO I …

17 12 2008

Une lumiére de plus  qui s’allume , un espace de plus pour les homosexuels tunisiens et surtout pour les lesbiennes tunisiennes . Un pas de plus vers la reconnaissance de notre existence  en tant que communauté.

La  bloggosphére   est un outil de communication:  le besoin de nous exprimer de nous faire entendre , de nous rencontrer et discuter de nos défis  et de nos peurs est un premier pas . Un pas vers le coming-out   vers la reconnaissance  de ce que nous sommes .

Je crois profondément dans la solidarité , seul nous ne pesons pas grand choses  ensemble nous ferons le poids . Quand une ou un homosexuel (le) , trans ou bi tunisien  décide de s’exprimer c’est une voix de plus , un soutien aux autres et parfois même  une motivation , un exemple pour que d’autres décident à leur tour de se lever et de s’exprimer.

Alors à tous ceux qui nous lisent , chers compatriotes tunisiens  , le temps de la Honte et du refus est révolue . ne vivons pas caché pour vivre heureux , vivons  libres  dans la lumiére parce que comme d’autres  WE HAVE FAITH IN LOVE !!!!

Bienvenue à FAITHINLOVE !!

Lien:

FAITHINLOVE





TBA : une discrimination de plus

13 12 2008

anti-tba-widgetDans un pays ou l’hypocrisie régne   et ou le ridicule ne tue pas , je ne m ‘attendais pas à ce que un blog dédié à la communauté homosexuelle tunisienne puisse  être inscrit voire nominé.

Mais voilà que cette année le bouchon a été  poussé un plus plus loin  et que la plupart des blogs que j’apprécie  et respecte ont été radiés complétement des nominations . en fait il s’agit d,une grande majorité des blogs Tunisiens connu pour leur franc parler  et leur liberté de ton .

Alors que notre jeunesse se retrouve cantonné dans des espaces virtuels comme  celui de la bloggo pour souffler un peu et vivre pleinement même si cela n’est que virtuel les droits fondamentaux que sont la liberté d’expression et d’information .

Je n’aurais jamais pensé que nous en soyons arrivé à cette bassesse dans la bloggo …récupérer un espace tel que la bloggo à des fins commercials est tout simplement inacceptable   et la réaction de la bloggo est unanime : No passaran !

Alors je joints ma voix à celle des centaines d,autres bloggeurs tunisiens qui ne désirent qu’une chose : sauvegarder ce dernier espace de libre parole et de rencontre , de dialogue franc  , de débats ,d’échanges d’idées.

Nous sommes différents  avec des parcours de vie ,  des éducations et des valeurs parfois différents voire contradictoires mais c’est ce qui fait notre richesse .

Je ne crois pas au Tunisian blog award en tant que nomination de certains  blogs mais plutôt  porteur d’un message : la reconnaissance de  notre existence  ,de  notre besoin vital de nous exprimer comme toute autre société , de discuter et de débattre de nos conflits, défis , coups de coeur et de notre avenir .

Tout un symbole dans une Tunisie qui étouffe . Alors non  aux TBA version 404 !

Vive la bloggo  et vive la différence !





SIDA en Tunisie et nouveaux défis

13 12 2008

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Avec près de soixante-dix nouveaux cas par an, le Sida demeure assez maîtrisé en Tunisie. Seulement la maladie semble changer de visage en Tunisie .
Les mentalités évoluent positivement, mais de plus en plus de jeunes sont touchés surtout par le biais de la toxicomanie. A la veille de la journée mondiale de lutte contre le Sida le 1 er décembre de chaque année, Réalités fait le point sur l’évolution de la maladie du Sida et son environnement dans notre pays.

Au cours de la dernière décennie, la moyenne des nouveaux cas enregistrés chez les Tunisiens ne dépassait pas les 70 cas par an selon le ministère de la Santé publique. Or cette année, certaines personnes travaillant sur le terrain ont émis certains doutes et ont comme l’impression que le visage de l’infection au VIH est en train de changer.

Le doute

La gravité d’une épidémie se mesure entre autre par la prévalence de la maladie. C’est-à-dire le nombre de nouveaux cas apparus et rapportés au nombre total de malades. On parle d’épidémie faible quand la prévalence est inférieure à 1%, et d’épidémie généralisée quand celle-ci est supérieure à 1%. Mais il y a une autre épidémie qu’on appelle l’épidémie concentrée, qui est justement concentrée dans certains groupes comportements. En ce qui concerne l’infection par le VIH, les groupes comportementaux sont les travailleurs du sexe, les usagers de drogues et les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes. La surveillance et l’action sur ces groupes sont devenus les éléments majeurs de la lutte contre le SIDA, partout dans le monde.Selon le Dr Ridha Kammoun, Président de l’Association tunisienne de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH, les derniers sondages ont fait naître ce doute sur la situation épidémiologique du SIDA en Tunisie. Si les craintes se confirment, il va falloir s’occuper de ces groupes en particulier, car l’épidémie concentrée fait craindre le glissement vers l’épidémie généralisée. A l’hôpital La Rabta, selon des personnes en contact quotidiennement avec le service des maladies infectieuses, le nombre de nouvelles personnes infectées par le VIH qui viennent consulter a sensiblement augmenté. Alors qu’il y a deux ans, on voyait une nouvelle personne tous les deux voire trois mois, cette année on voit trois à quatre nouveaux patients par semaine, autant d’hommes que de femmes, de tous les âges, 20, 30, 40, 50 et même 60 ans.Le nombre de mineurs de 15 ou 16 ans contaminés par le VIH qui fréquentent les consultations est aussi assez inquiétant. Ces personnes disent toutes avoir été contaminés par les rapports sexuels avec des prostituées clandestines. Mais la vérité serait autre. Qui oserait dire que c’est en s’injectant de la drogue qu’il a été contaminé sans craindre une dénonciation à la police. Et dans le milieu de l’homosexualité et de la bisexualité, les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes ne l’avouent pas lors d’une consultation. C’est le travail de proximité des associations comme l’ATL IST/VIH (association tunisienne de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH), qui a permis à ces dernières de côtoyer les groupes à risques et elles sont en train de se poser des questions sur certaines données de l’épidémie actuelle de l’infection par le VIH qui ne correspondrait pas à la réalité de la situation

Le dépistage
Selon les données du ministère de la Santé publique, dans la répartition des cas d’infection par le VIH, selon le mode de transmission, l’homosexualité représente 5%. Aujourd’hui on ne parle plus d’homosexualité, mais d’homme ayant des rapports sexuels avec un autre homme, car on veut inclure dans cette catégorie les bisexuels et ceux qui ont des rapports occasionnels avec d’autres hommes. Selon des proches de ces milieux, cette catégorie de personnes continue d’avoir des rapports sexuels même quand elle est contaminée par le VIH, parce que face à un refus, on risque d’en déduire une quelconque maladie et le lien avec le VIH et le SIDA est vite fait, et c’est la honte.

En Tunisie, depuis l’année 2007 le dépistage est gratuit et anonyme. On peut aller faire un dépistage sans donner son nom, c’est juste un numéro. Il a fallu quinze ans pour changer la loi de 1992 et permettre l’anonymat pour la sérologie.Depuis 2000, le traitement et la prise en charge sont entièrement gratuits. La trithérapie (le traitement efficace pour stopper l’infection, est composé de trois médicaments) est disponible et gratuite, et a changé le pronostic de la maladie. L’évolution de l’infection ne se fait plus vers le stade SIDA de la maladie, rapidement mortel, mais vers une maladie latente et chronique.
Au début de l’apparition de la maladie en Tunisie, la mortalité des personnes vivant avec le VIH était de 45,1%, aujourd’hui elle a chuté jusqu’à 7,8% (chiffres publiés dans le «manuel de prise en charge de l’infection à VIH et des infections opportunistes», ministère de la Santé publique, Office national de la famille et de population, Centre de formation internationale et de recherche.)
Bientôt il va y avoir une quinzaine de centres de dépistage anonyme et gratuit qui vont ouvrir sur tout le territoire. Le dépistage est très important car il va orienter vers une prise en charge précoce qui permettra une vie normale. Quand le malade est traité, sa charge virale baisse et, même avec un rapport sexuel non protégé, la transmission de l’infection est moindre. Malheureusement la moitié des personnes vivant avec le VIH ont découvert leur séropositivité au stade de maladie de l’infection. Dans l’autre moitié 50% sont découverts suite à une enquête autour du cas initialement trouvé. Le dépistage spontané est rare, c’est quand il y a des signes d’appel, comme une diarrhée, des ganglions…que certains sont tentés de faire le dépistage.





Adel Hussein , un journaliste du Kurdistan irakien enfin libéré!

13 12 2008

Un journaliste du Kurdistan irakien, condamné fin novembre pour avoir écrit un article considéré par la justice comme une apologie de l’homosexualité , a été amnistié et libéré, a indiqué jeudi à l’AFP le syndicat des journalistes kurdes.

«Le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a décidé de pardonner, d’amnistier et de relâcher le journaliste et médecin Adel Hussein à l’occasion de l’Aïd» de l’Adha (la fête du Sacrifice), a déclaré Zirak Kamal, secrétaire général du syndicat.

Le 26 novembre, un tribunal d’Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, avait condamné Adel Hussein, journaliste et médecin, à six mois d’emprisonnement. L’Union des journalistes avait condamné cette décision et demandé aux autorités kurdes d’intervenir.

Adel Hussein anime plusieurs émissions médicales sur des chaînes de télévision locales et a écrit de nombreux articles sur la médecine dans la presse kurde. L’an dernier, il avait publié dans Hawlati al-Kurdiyah, un journal indépendant de Souleimaniyeh, seconde ville de la région autonome, un article médical sur la sodomie. Il lui avait alors été reproché d’encourager l’homosexualité.

Selon une loi récemment votée par le parlement du Kurdistan irakien, la détention de journalistes à cause de leurs écrits est interdite, mais ils peuvent être condamnés à des amendes s’ils sont reconnus coupables. Quant à l’homosexualité, elle est considérée comme un crime par le code pénal irakien.





Le Pêcher fou III

28 11 2008

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J’avais dix sept ans et trois quart, lorsque je commençai à fumer en cachette. Je voulais secrètement ressembler à lui, au pêcheur fou. Au début, la cigarette me faisait toussé, et brûlait ma gorge, mais plus pour longtemps, car déterminé à ne pas souffrir je trouvais alors une astuce, ne pas aspirer la fumée, mais faire semblant. Amine, mon voisin qui m’apprenait comment faire, ne se doutait de rien. Il était fier de m’apprendre à fumer et à boire. Il disait que je devenais un homme finalement.

Je n’ai pas pu comprendre ce que Amine me disait. Devenir un homme, pour moi, était relié irréductiblement à une femme. L’équation était préétablie, il n’y avait rien à ajouter. En revanche, mes camarades de classe, eux, ils devenaient des hommes. Si, si, des hommes, des vrais. Ils parlaient du football et ils connaissaient les noms des joueurs par cœur. Ils draguaient les filles à la sortie du lycée, ils les embrassaient, se masturbaient sur les photos des magasines de mode, comparaient les seins de leurs copines, et il y avait même ceux qui avaient déjà fait l’amour.

Amine par exemple, il était connaisseur dans ce domaine, il me l’avait dit. Un soir, il amena avec lui des bières en cachette, achetées au noir. Nous les avions bus sur la plage. Et c’était là, qu’il me dit :

–        Je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas de copine, Hakim. Je connais pas mal de filles qui ne désirent que ça, sortir avec toi. Même la conne de Lïela que j’ai niquée, elle me parle de toi.

–        Tu l’as vraiment faite ? demandai-je à Amine.

–        Oui,…non, enfin oui. Tu sais comment, dit-il confus.

–        Non.

–        Elle ne voulait me donner que ses fesses, tout comme les autres salopes avant elle. Mais je l’ai défoncée comme un fou.

Amine, parfois, lorsqu’il devenait ivre, il aimait me donner des tapes sur les fesses en me traitant de salope. Ma salope, il disait en riant. Je bandais. Je le provoquais pour qu’il me le dît encore et encore ; pour qu’il me prît dans ses bras, essoufflé, en me montrant qu’il est plus fort que moi. C’était notre jeu à nous, Amine et moi. Cela se passait uniquement dans l’intimité, jamais devant les autres.

Ce que j’éprouvais avec Amine était imprécis comme une sensation nouvelle sans adjectif et sans mot, une tentation chaleureuse qui venait du corps dans l’absence  de la raison, un désir sauvage d’être pris, caressé, embrassé, perdu dans son corps d’homme.

Ce que j’éprouvais avec Amine me confirmait la chose horrible, je ne serais jamais un homme, un vrai.

Ce que j’éprouvais avec Amine, me rapprochait un peu plus du pêcheur fou. De cette attirance évidente, brutale, et énigmatique. Elle dépassait la soif du corps, elle venait de l’intérieur, elle venait comme un appel mystérieux et pudique.

Maintenant et avec le recul, je peux dire que cette période était très importante puisque avec l’éveil  du plaisir en moi, la honte s’installa aussi. Il fallait faire face au moral, à la religion, à la société et à ma famille. Il fallait me mouvoir dans ce champ miné et en sortir intact, non abîmé. Je me souviens parfaitement. Et cependant je ne sus point que je lutais, que je fabriquais mon avenir, que je m’offrais un cadeau. Je ne sus point que je vivais. Que je jouais ma vie sur les planches du temps.

J’ai commencé par ma chambre. Je fis adieu à la salle d’attente, et je me disposais à devenir ce je suis devenu. Dans l’un des tiroirs de la cuisine, j’ai trouvé des clés que j’essayais une à une jusqu’à trouvé la bonne. La surprise fut grande et plutôt mal comprise par ma famille, puisque un beau jour le rythme fut changé. Ma chambre était fermée à clé et sur la porte une pancarte disait :

Défense d’entrée,

Courant à haute tension.

Samira après plusieurs tentatives fit de même, et sur sa pancarte rose, elle nota :

Chut,

La belle au bois dormant est là !

Ali, mentionna que c’était une violation de droit, et qu’il fallait demander l’avis de tout le monde, surtout le sien. Une remarque qui était non entendue par La Cour Suprême , qui trouvait que j’avais raison et que je devais me concentrer sur mes études, surtout que les examens du baccalauréat s’approchaient. Et ils avaient ajouté que mon acte était quant même démesuré.

Depuis cette histoire de ma chambre, Ali et moi, nous ne nous parlions que peu. Et lorsqu’il nous arrivait d’en avoir l’occasion, il me regardait d’une drôle de façon, toujours les yeux plissaient, toujours un léger sourire, comme s’il était au courant de mon secret ou qu’il doutait de quelque chose. Alors ma respiration se perturba, le sang me monta au visage, le cœur me battit à la tête, une sensation idiote s’installa dans mon ventre et je perdis mes mots. Je me disais qu’il savait, qu’il apercevait le pêcheur dans mes yeux, ou peut-être la barque ou encore la mer, l’eau salé de la mer. Et tandis que mes yeux se remplissaient d’eau, mon cerveau cherchait inlassablement un nouveau sujet de discussion, un sujet qui plongerait le regard de mon frère loin de moi, comme, comment avait-il perdu la cause de l’un de ses clients qui avait attaché son supérieur au radiateur.
Ali n’aimait pas perdre des causes, quoiqu’il en perdît souvent. Moi, je m’en foutais totalement. Et depuis que la porte de ma chambre lui était interdite, il ne me parlait plus de ces causes à la con, donc je m’en foutais encore plus.
Je m’enfermais à clé, avec quatre tasses de café. Voyez-vous, j’en manquais toujours. Il me fallait du café, du café pour les interminables séries d’exercices mathématiques, pour les nombres complexes, pour les équations différentielles, pour la trigonométrie qui me faisait chier. Du café pour l’énergie cinétique, pour la valeur d’une force qui m’échappait. Du café pour lui aussi, le pêcheur fou, pour avoir le courage de me glisser de la fenêtre, traverser secrètement le jardin, ne pas ouvrir la grande porte qui grinçait, sauter pardessus le mur et courir vers la plage à 1h du matin.

Cette fois là, sur la plage justement, il faisait froid et il ventait, on était début décembre. J’étais au même endroit, dans la barque incolore. J’ai eu envie de cette place là, chargée de lui, de sa présence absente, de mon désire fou pour cet homme. J’ai eu envie de me mentir, de faire semblant que je courais pour un rendez-vous, que moi aussi j’en ai des rendez-vous ! Mentir et croire à un bonheur inconnu, fragile et silencieux. Me mentir pour laisser mon cœur s’ouvrir comme un pétale de rose à l’approche de cet homme.
A défaut de ne pouvoir en parler à personne, je parlais à la barque. Je disais la honte qui m’habitait, je disais mon cerveau incapable de me donner une trêve, je disais les larmes aussi. Je disais le désir, la chaleur de mon corps en pensant à lui, le trouble de mes sentiments, la joie d’une possibilité et les barreaux de la société.
Puis, dans le silence agité de la plage, il surgit tout d’un coup de nulle part, et me fit sursauter. Il surgit comme une idée non attendue, comme l’apparition de l’ange Gabriel, comme une prière exaucée. Une barbe sauvage, des cheveux hirsutes, des yeux qui transperçaient la noirceur de la plage et une présence dominatrice. Effrayé par cette vision, et pris de panique je quittai la barque en courant. Je ne comprenais pas la cause de ma fuite. Je me disais que j’aurais du rester, m’excuser, parler avec lui. J’aurais du rester, mais j’ai couru en le laissant debout sur cette plage à me fixer de loin.

Ce n’est que plus tard, une fois dans ma chambre, que je constatai la disparition de mon portefeuille, et le plus troublant c’était que je savais où. Il était dans la barque du pêcheur fou, je l’avais enlevé de ma poche en cherchant une cigarette. Le mot imbécile me traversa l’esprit, mais je me dis que ce n’était pas le moment.

La tête entre les mains, Je me disais, il faut que je retourne, il faut que je retourne, il faut que je retourne. Je le disais plusieurs fois, mais je restais debout dans ma chambre sans bouger. En fait, ce n’était pas moi qui le disais, c’était une voix autre, une voix déterminée à y retourner, elle. Moi, je voyais des images, des scénarios imaginaires de ce qu’il pourrait se produire si je le retrouvais là-bas. Je l’ai vu même tenir ma main violemment, me serrer contre son corps viril et m’embrasser pour me punir, mais j’ai laissé à part ce scénario hors-de-propos, et le mot pervers traversa mon esprit.

Le cœur battant la chamade, je rebroussais chemin. Les quelques mètres devinrent interminables. J’avançais tout en mettant de l’ordre dans mes pensées. Je faisais le tri entre ce que je devais dire et pas dire, en espérant tout le long du chemin qu’il n’avait pas eu l’occasion de le voir et qu’il ne serait pas là-bas.
Seulement, une fois sur place, la barque n’était plus là, et les traces sur le sable jusqu’à la mer disaient l’histoire. Il était allé se perdre dans la méditerranée comme toujours. Oui, comme toujours, mais cette fois-là, il amena avec lui mon portefeuille.

L’avait-il vu ? Savait-il qui suis-je ? Se doutait-il de quelque chose ?

Mes questions restèrent sans réponses cette nuit-là, et mes yeux ne trouvèrent le sommeil qu’aux petites heures du matin…